Du Pérou à la Suisse : deux manières de parler de l’invisible

Par Olga Cattin

Lorsque je suis arrivée en Suisse, j’ai tout de suite été frappée par l’ordre, le calme et le sentiment de sécurité. Beaucoup de choses étaient différentes de ce que j’avais connu au Pérou.

Il y avait aussi une différence plus difficile à expliquer : la manière de parler de ce que j’appelle aujourd’hui le spirituel, l’intuition ou l’invisible.

Au début, j’ai même pensé que les personnes en Suisse ne croyaient tout simplement pas à ces choses-là. Avec le temps, j’ai compris que ce n’était pas si simple. Les sensibilités pouvaient être présentes des deux côtés, mais elles n’étaient pas toujours exprimées de la même manière.

Je ne cherche évidemment pas à dire que tous les Péruviens pensent d’une façon et tous les Suisses d’une autre. Je parle uniquement de mon histoire, de ma famille et des personnes que j’ai rencontrées.

Olga Cattin devant la lagune Humantay au Pérou et lors d’un soin au pendule chez SweetHarmony en Suisse.

Au Pérou, la spiritualité faisait partie de mon histoire familiale

Lorsque j’étais enfant, ma maman ne nous parlait pas encore beaucoup de spiritualité. Avec le recul, je pense qu’elle voulait éviter de nous faire peur avec des choses que nous étions peut-être trop jeunes pour comprendre.

Plus tard, ces sujets sont devenus beaucoup plus naturels dans nos conversations. Elle nous répétait notamment une phrase qui m’est restée : « Nous sommes des esprits qui font des expériences dans un corps physique. »

C’était sa manière à elle de parler de la vie. Ma maman était très spirituelle et nous racontait parfois des expériences personnelles. Elle disait, par exemple, avoir entendu son prénom au moment du décès de sa maman ou lorsqu’un de ses oncles était mort.

Je rapporte aujourd’hui ces histoires telles qu’elles m’ont été transmises. Elles appartiennent à mon histoire familiale et à la manière dont ma maman comprenait certaines expériences. Je ne les présente pas comme des faits que je pourrais démontrer.

La prière avait aussi une place importante

La dimension spirituelle de ma famille était très liée à la prière et à la foi en Dieu.

Lorsqu’une personne était malade, nous pouvions prier pour son rétablissement. Lorsqu’un proche décédait, nous priions pour que son âme repose en paix.

Ma maman faisait en revanche une distinction très nette avec ce qui pouvait être appelé au Pérou la brujería, ou sorcellerie. Elle ne souhaitait pas que nous nous engagions dans ces pratiques. Pour elle, notre spiritualité devait rester liée à Dieu et à la prière.

Cette manière de voir les choses a beaucoup marqué mon enfance et reste encore présente aujourd’hui dans certaines traditions familiales.

J’ai longtemps considéré mon intuition comme quelque chose de naturel

De mon côté, il m’arrivait de ressentir très rapidement que je ne faisais pas confiance à une personne ou que ses intentions ne me semblaient pas bonnes.

Je n’avais pas besoin de donner un nom particulier à ce ressenti. C’était simplement une impression intérieure à laquelle j’étais attentive.

Aujourd’hui encore, l’intuition occupe une place dans ma manière d’être et dans ma pratique. Mais l’expérience m’a aussi appris qu’un ressenti reste un ressenti. Ce n’est pas une preuve sur une personne et encore moins une vérité que je pourrais imposer à quelqu’un d’autre.

C’est notamment cette place laissée à l’intuition, mais aussi au doute, que j’ai développée au fil de mon parcours et de mes formations. J’en avais déjà parlé lorsque j’expliquais comment je pouvais être à la fois informaticienne et praticienne en soins énergétiques.

En Suisse, j’ai découvert une spiritualité plus discrète

Lorsque je suis arrivée ici, j’ai d’abord eu l’impression que l’on parlait beaucoup moins de ces sujets.

Puis j’ai commencé à rencontrer des personnes qui s’y intéressaient. Certaines connaissances de mon mari étaient très ouvertes à la spiritualité. Sa grand-maman pratiquait également ce que l’on appelle ici « le secret », une tradition que je ne connaissais pas de la même manière au Pérou.

Petit à petit, j’ai surtout découvert que des personnes pouvaient être très intuitives ou raconter des ressentis qui me rappelaient ceux dont on parlait dans ma famille. La différence que j’ai observée était donc peut-être moins dans les expériences elles-mêmes que dans la facilité avec laquelle on en parlait. Il pouvait y avoir davantage de pudeur ou la crainte d’être jugé.

Et parfois, lorsqu’une personne ose finalement raconter quelque chose qu’elle a ressenti, elle découvre simplement qu’elle n’est pas la seule à vivre ce genre d’expérience. Cela peut déjà lui permettre d’en parler plus librement, sans avoir besoin de chercher immédiatement une explication.

Une histoire familiale de guérisseurs et de chamans

Au Pérou, certaines personnes avaient dit à ma famille que notre intuition pouvait avoir un lien avec des ancêtres guérisseurs ou chamans.

Cette histoire familiale compte pour moi. Mais je préfère aujourd’hui la considérer comme une partie de mes racines et comme une source de sens plutôt que comme la preuve que certaines facultés se transmettraient automatiquement de génération en génération.

Ce que j’en retiens surtout est l’importance de ne pas perdre complètement l’écoute de soi.

Nos sociétés évoluent énormément sur le plan technologique et intellectuel. Je le constate aussi dans mon métier d’informaticienne. Pour moi, cette évolution est positive, mais elle ne doit pas nécessairement nous obliger à mettre de côté notre vie intérieure, nos questionnements ou nos pressentiments.

L’important est de pouvoir leur laisser une place tout en conservant son discernement.

Ce que le Pérou et la Suisse ont apporté à ma manière d’accompagner

De mon enfance et de mon environnement familial au Pérou, j’ai conservé une grande importance accordée à l’accueil.

J’aime que les personnes qui viennent chez moi sentent qu’elles peuvent prendre leur place, parler et être écoutées sans jugement.

La Suisse m’a apporté autre chose : un cadre dans lequel j’ai pu structurer davantage ce qui m’intéressait depuis longtemps.

J’ai suivi différentes formations, notamment en Reiki, Fleurs de Bach, radiesthésie et autres approches que j’utilise aujourd’hui dans ma pratique. Cette formation progressive m’a permis de mettre des mots, des méthodes et des limites autour de certaines sensibilités que je connaissais auparavant de manière beaucoup plus intuitive.

Je ne ressens donc pas le besoin de choisir entre mes racines péruviennes et ma vie en Suisse. Les deux participent à la personne et à la praticienne que je suis aujourd’hui.

Avancer intellectuellement sans oublier sa vie intérieure

Si je devais retenir une idée de tout ce parcours, je reviendrais probablement à la phrase de ma maman : nous sommes des esprits qui font des expériences dans un corps physique. C’est une vision qui lui appartenait et que j’ai reçue d’elle.

Aujourd’hui, elle me rappelle surtout que l’être humain ne se résume pas, à mes yeux, à ce qu’il sait faire ou à ce qu’il peut expliquer rationnellement. Nous pouvons apprendre, développer des technologies, nous former et acquérir de nouvelles connaissances, tout en continuant à nous interroger sur notre vie intérieure, notre intuition, notre relation aux autres et notre place dans notre environnement.

Pour moi, grandir signifie aussi cela : continuer à apprendre sans oublier de s’écouter, et avancer en respectant autant que possible les autres et l’endroit dans lequel nous vivons.

C’est avec cette histoire personnelle, entre mes racines péruviennes et ma vie en Suisse, que j’accueille aujourd’hui les personnes chez SweetHarmony à Fontaines, dans le Val-de-Ruz.

Pour découvrir plus concrètement ma manière de travailler, vous pouvez également consulter mon approche et les soins que je propose chez SweetHarmony.